L'irruption des Portugais dans les îles de l'Océan Indien à la fin du Moyen-Age
Comme tous les Européens, les Portugais reçoivent de nombreux produits de luxe venus des rivages de l'Océan Indien, qui transitent par les pays arabes. En 1495, Dom Manuel du portugal décide de chercher la voir maritime qui conduit aux Indes. C'était déjà le projet de Christophe Colomb lorsqu'il découvrit, en 1492, pour le compte de l'Espagne, le continent américain. Même si à cette époque Colomb s'entête à croire qu'il a bien découvert les côtes orientales d'Asie, les Portugais ne sont pas de son avis et décident d'explorer la voie opposée, en contournant l'Afrique. D'ailleurs, depuis la partition du monde par le Pape en 1494 dans le Traité de Tordesillas, les Portugais ont obtenu l'Est tandis que les Espagnols ont obtenu l'Ouest. En 1895, le roi du Portugal est donc bien décidé à prendre possession de sa moitié du globe.
Une partie du chemin est déjà connu depuis que Bartolomeu Dias a atteint le Cap de Bonne-Espérance en 1488. D'ailleurs, en marin, Dias l'a baptisé Cap des Tempêtes en raison de la dangerosité de cette région exposée aux dépressions. Mais le roi du Portugal, enthousiasmé par cette découverte qui ouvrait le chemin de l'Océan Indien, l'a rebaptisé du nom qu'il a gardé jusqu'à aujourd'hui.
C'est Vasco de Gama qui se charge de doubler le Cap de Bonne Espérance et de pénétrer dans l'Océan Indien. En 1498, il arrive dans ce nouvel océan et fait étape dans les grands ports de l'époque, qui sont presque tous situés dans des îles côtières : Mozambique, Quiloa, Zanzibar etc... A Malindi il engage un pilote qui doit le conduire jusqu'aux côtes indiennes et lui livrer ainsi la clé de l'Eldorado. On a longtemps assimilé ce pilote au grand navigateur et auteur d'instructions nautiques Ibn Majid. Ibn Majid, bien vivant à cette époque quoique déjà âgé, serait donc le traître qui a offert aux Portugais les secrets de l'océan que les Arabes et Musulmans avaient jalousement gardé ? En fait, il semble que cette légende a été écrite au XVème siècle par un Yéménite qui ne pouvait concevoir la fulgurante mainmise de la marine portugaise dans l'Océan Indien qui suivit l'arrivée de Gama, sans l'aide du meilleur marin arabe. L'auteur est persuadé qu'Ibn Majid a livré tous ses secrets à Vasco de Gama, sinon les Portugais n'auraient jamais pu aller si loin si vite ni paralyser si bien l'activité maritime arabe. Le pilote de Malindi restera sans doute dans l'anonymat. Quoi qu'il en soit, Vasco de Gama atteint bien Calicut, un grand port du Sud de l'Inde. A présent, on pense que Vasco de Gama a profité d'une rivalité entre Mombasa et Malindi. Le Sultan de Malindi, trop heureux de se trouver un nouvel allié dont il ne mesurait pas le potentiel de nuisance, aurait chargé un pilote local de conduire les Portugais en Inde.
Dans leurs premières escales africaines, alors qu'ils viennent de pénétrer dans l'Océan Indien, les Portugais racontent qu'ils sont très bien accueillis dans les comptoirs tenus par les Arabes car on les prend pour des Turcs. Mais lorsque les Arabes et les Musulmans s'aperçoivent de leur méprise, ils deviennent hostiles. Cependant, il est déjà trop tard, les Portugais ont bien progressé.
La lutte est difficile car, si les Arabes et Musulmans connaissent bien mieux les parages, ils n'ont aucune flotte de guerre tandis que Vasco de Gama apporte de nombreux canons. Les navigateurs locaux tentent alors de les perdre les Portugais dans les îles des Comores ou des Seychelles, en leur indiquant d'imaginaires îles chrétiennes où ils seraient bien accueillis. Ils les empêchent aussi de s'approvisionner en eau, ils tentent même une embuscade à Mombasa... Mais dès que les Portugais donnent du canon, ils reprennent l'avantage. Plus ils remontent les côtes africains, plus la rumeur enfle et les précède, si bien que certains en viennent à se jeter à l'eau dès qu'ils les croisent.
Avant même que Vasco de Gama ne soit rentré de son voyage, Pedro Alvares Cabral - par ailleurs découvreur du Brésil - et Joao da Nova - qui donne son nom à la petite île aujourd'hui française de Juan da Nova - suivent ses traces. Comme Gama, ils ont l'Inde pour objectif mais comme Gama également, ils laissent des compatriotes dans les grands comptoirs commerciaux de Malindi et Quiloa. Très vite, ils reprennent à leur compte le système commercial des Arabo-musulmans dans l'Océan Indien et se mettent à échanger l'or du Zambèze contre le coton indien.
Lorsque Vasco de Gama revient, en 1502, il impose un tribut au Sultan de Quiloa et signe un traité de non-agression au Mozambique, puis s'attaque aux ports indiens. Très vite, Mombasa, Pemba, Quiloa et Zanzibar passent au mains des Portugais. Il faut attendre 1698 pour que l'Omanais Seif Ibn Sultan les chasse des ces comptoirs.
Les marins musulmans plutôt en intensifiant la piraterie pendant toute cette période. Et lorsque, cent ans après les Portugais, les Hollandais, Français et Anglais franchissent à leur tour le Cap de Bonne-Espérance, la piraterie a encore de beaux jours devant elle.
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mercredi 11 mars 2009
samedi 21 février 2009
Navigateurs arabes et persans dans les îles suite
boutre à Malindi


Sciences et techniques de navigation
La science nautique arabe reste célèbre jusqu'à nos jours. Elle est pour beaucoup l'héritière de la navigation dans l'Océan Indien car les Arabes se sont approprié le savoir des Perses et des Indiens, qu'ils ont complété en Méditerranée du savoir grec. Les Perses transmettent aux Arabes les tables astronomiques qu'ils ont eux-mêmes hérité des Indiens. Au XIIIème siècle, le savant persan Zakariya al-Qazwini rédige un dictionnaire géographique et surtout un ouvrage de cosmographie très complet dans lequel il regroupe toutes les connaissances philosophiques, astronomiques, historiques et géographiques de son époque. Vers l'an mil, l'Arabe al-Biruni écrit quant à lui un traité dans lequel il explique le mouvement des étoiles par la rotation de la Terre autour du Soleil.
D'un point de vue plus pratique, les Arabes et Persans étudient les équinoxes, perfectionnent l'astrolabe et le cadran simple de Ptolémée. L'astrolabe plan permet, grâce aux étoiles, de déterminer l'heure, la direction de La Mecque et la position de l'utilisateur. Inventés entre le VIIIème et le Xème siècles, les astrolabes sont des instruments sophistiqués qui coutent très cher et ne sont pas souvent à disposition des marins. L'astrolabe planisphérique représente les étoiles de manière externe, comme si l'on se plaçait au-dessus du ciel. Ces astrolabes sont construits en Iran et en Iraq jusqu'au XVIème siècle, période à laquelle les Musulmans d'Inde du Nord deviennent plus doués. La boussole apparaît vers 1230 mais elle est moins utilisée que dans la Méditerranée. Les géographes tracent des cartes et portulans de plus en plus complets même si de grandes zones demeurent inconnues. Ils divisent l'Océan Indien en sept mers. Pourtant, cette science reste souvent coupée du savoir expérimental des marins. Savants et marins ne se communiquent pas leurs connaissances mutuelles.
Les marins fondent tout leur savoir sur l'expérience. Ils utilisent peu d'instruments et apprennent l'art de la navigation en récitant des poèmes nautiques ou en apprenant les conseils d'Ibn Majid ou de Sulayman al-Mahri, grands capitaines respectivement du XVème et XVIème siècles. Les navigateurs utilisent presque uniquement la khashaba, une planche de bois trouée à laquelle se trouve attachée une ficelle nouée qui permet de déterminer la hauteur des étoiles et donc la lattitude. Les marins pratiquent en effet plus que tout la navigation astronomique. Ils prennent trois étoiles comme amers et se reportent toujours à elles. Cette méthode peut être très aléatoire. Il est très difficile au Moyen-Age de tenir un cap sur une longue distance. A l'époque d'Ibn Majid on navigue avec trois degrés d'erreur tandis qu'aujourd'hui on s'oriente avec seulement un demi degré d'erreur.
Dans l'Océan Indien il faut aussi tenir compte des moussons. Les marins utilisent donc un calendrier spécifique de 365 jours et non le calendrier lunaire musulman totalement inadapté en l'occurrence. Leur calendrier commence le 20 novembre mais aucune année n'étant bissextile, le décalage est de trois mois au bout de 400 ans. La mousson d'hiver permet de descendre vers Zanzibar et Kilwa tandis que la mousson d'été fait remonter vers la Mer Rouge.
Les techniques navales utilisées à l'époque ont encore cours de nos jours dans un certain nombre de ports et d'îles de l'Océan Indien, notamment à Zanzibar où subsistent quelques boutres traditionnels. Les Arabes utilisent des boutres réalisés en bois de teck ou de cocotier et en fibre de coco. Les voiles sont en fibre de coco ou en nattes de palmes et le met en cocotier. Le gouvernail d'étambot n'apparaît qu'au XIIIème siècle. Chaque planche du bateau est assemblée aux autres par une longue corde de fibre végétale. Il n'y aucun clou. Ces embarcations "cousues" sont faciles et à réparer et, surtout, leur souplesse les rend moins facilement cassables en cas de contact avec les récifs coralliens. La coque est enduite d'huile de poisson ou de palme, ou de graisse de mouton, pour la rendre parfaitement imperméable et surtout la protéger contre les tarets, ces mollusques marins qui rongent le bois. Ensuite on ajoute du jus de dattes pour lutter contre l'attaque du calcium. La voile trapézoïdale permet aux boutres de parcourir en moyenne 73 km par jour mais après perfectionnement de la voilure et avec une bonne gestion du vent, les navigateurs pouvaient atteindre 125 km par jour à partir du XIIème siècle.
On évaluait le tonnage des navires en sacs de dattes de 70 kg ou en sacs de riz de 100 kg. Les plus utilisés, les sambuqs, pouvaient transporter 500 sacs de riz.
Les marins et les savants ne mettant pas leurs connaissances en commun, il en résulte le développement de nombreuses légendes. Les simples marins arabes discutent avec les Malais, qui eux-mêmes parlent aux Chinois. Des connaissances plus ou moins farfelues circulent ainsi. Les simples matelots extrapolent souvent et font naître de terribles ou merveilleuses légendes. En 956, le Livre des Merveilles de l'Inde amalgame toutes les légendes terrifiantes qui circulent dans l'Océan Indien, où des marins affirment souvent avoir croisés des animaux étranges. Un des mythes les plus vivaces est celui de îles Waq-Waq, qui perdure du IXème au XVIème siècles. Mais durant cette période, la localisation de ces îles imaginaires que l'on dit couvertes d'or change beaucoup : elles sont tantôt placées en Corée, dans les marges pacifiques des Philippines ou sur les côtes de Madagascar.
Les légendes, mais aussi les connaissances nautiques et bien entendu les techniques de construction navale vont être durablement bouleversées avec l'irruption dans l'Océan Indien d'un nouveau peuple au XVIème siècle : les Portugais.
jeudi 12 février 2009
Navigateurs arabes et persans dans les îles
carte de 1556

Zanzibar et les îles d'Afrique au Moyen-Age
Les Arabes commencent à naviguer assez tard. Ils ne se lancent véritablement qu'après être devenus musulmans, au VIIIème siècle. Mais ces navigateurs omanais ou yéménites prennent très vite de l'assurance et voyagent très loin, jusqu'à Madagascar au sud et jusqu'à Ceylan à l'Est. Au Xème siècle, le géographe Al-Massoudi écrit que des Omanais vont chercher de l'or et des esclaves dans plusieurs ports et îles qui s'échelonnent le long de la côte africaine au sud de Mogadiscio. Certains font la navette avec leur terre d'origine mais d'autres s'installent à demeure dans les îles de Zanzibar, Pemba ou même Mozambique.

Zanzibar et les îles d'Afrique au Moyen-Age
Depuis toujours, l'Océan Indien est sillonné par plusieurs peuples. Dans la seconde moitié du Moyen-Age européen, les îles de la côte africaine, autour de Zanzibar, se trouvent au coeur d'un vaste trafic avec le Moyen-Orient, l'Inde, la Malaisie et la Chine, grâce à des navigateurs et marchands arabo-persans.
Les Arabes commencent à naviguer assez tard. Ils ne se lancent véritablement qu'après être devenus musulmans, au VIIIème siècle. Mais ces navigateurs omanais ou yéménites prennent très vite de l'assurance et voyagent très loin, jusqu'à Madagascar au sud et jusqu'à Ceylan à l'Est. Au Xème siècle, le géographe Al-Massoudi écrit que des Omanais vont chercher de l'or et des esclaves dans plusieurs ports et îles qui s'échelonnent le long de la côte africaine au sud de Mogadiscio. Certains font la navette avec leur terre d'origine mais d'autres s'installent à demeure dans les îles de Zanzibar, Pemba ou même Mozambique.
Mais si les Arabes ont souhaité s'aventurer en haute mer, c'est sans doute sous l'influence des Persans. Ceux-ci sont en effet d'excellents marins au long cours, et ce depuis l'Antiquité. Ils sont allés explorer les rivages de l'Océan Indien, de l'Afrique à la Malaisie, bien avant les Arabes. Un certain nombre de de toponymes seraient d'ailleurs d'origine persane, comme Zanzibar - dont l'origine du nom reste disputée mais si elle n'est pas persane elle est arabe. A Mohéli, la plus petite des Comores, on peut encore admirer des ruines chiraziennes.
L'activité principale de ces navigateurs est le commerce. Les échanges ont lieu le long de routes commerciales bien organisées. Jusqu'au Xème siècle, les navires appareillent généralement du Golfe Persique mais à partir du XIème siècle on lui préfère la Mer Rouge, pourtant très dangereuse. Aden prend alors un essor considérable, même si les vents sont variables et les récifs traîtres, ce qui rend la navigation très difficile. La route africaine, une fois les périls de Socotra passés - voir plus loin - est en fait un long voyage de cabotage de port en port : Mogadiscio, Malindi, Mombasa, îles de Pemba, Zanzibar et Mafia, Kilwa d'où l'on peut bifurquer vers les Comores et le Nord-Ouest de Madgascar ou continuer plus au Sud vers l'île de Mozambique puis Sofala, au sud du fleuve Zambèze. Kilwa est l'escale principale. De toutes les routes commerciales qui sillonnent l'Océan Indien, c'est celle d'Afrique qui a les faveurs des Arabes. Il faut dire que les peuples autochtones ne constituent pas des concurrents alors que cette région regorge de richesses recherchées partout ailleurs. De plus, les Bantous n'ayant pas la même échelle de valeur que les Arabes, ceux-ci échangent des produits valant jusqu'à dix fois moins que ce qu'ils viennent chercher. Les Arabes et Persans viennent essentiellement en Afrique s'approvisionner en esclaves et en or. Avec les Africains de l'intérieur, ils échangent à Mozambique ou Sofala de la verroterie contre de l'or. Ils achètent également des peaux, des plumes, de l'ivoire et même de l'encens qu'ils échangent contre des cotonnades venues d'Inde. C'est surtout à partir du XIIIème siècle que les îles et les ports deviennent véritablement florissants. Zanzibar, grand port d'esclaves, devient très prospère au XIVème siècle lorsque des Omanais qui s'y sont installés hissent l'île au rang de Sultanat. L'île va alors dominer toute la région pour plusieurs siècles. Vite enrichis, les Arabes installés à Zanzibar se font livrer de l'argent, des tissus d'Asie, des clous de girofle des Moluques, du poivre et du gingembre d'Inde, ainsi que des bijoux, des perles, des rubis. Tout est importé à grands frais et témoigne d'une véritable opulence.
Cette intense activité commerciale entraîne logiquement la naissance d'une autre activité : la piraterie ! Les navires qui descendent vers la côte orientale d'Afrique ont à affronter une des zones de piraterie les plus redoutable : les parages de l'île de Socotra. Située au nord de la Somalie, juste à l'entrée de la Mer Rouge mais aussi sur la route entre le Golfe Persique et l'Afrique, cette île est un repaire de pirates chrétiens à qui il est difficile d'échapper. Plus au sud, ces sont les Indonésiens, installés vers le VIème siècle à Madagascar et qui deviendront les actuels Malgaches, qui pillent les navires osant s'aventurer jusqu'aux Comores et au Canal de Mozambique. Un peu plus tard, vers le XVème siècle, lorsque les Arabes sont biens implantés dans les îles du sud de l'Océan Indien, des pirates arabes font leur apparition et hantent les eaux comoriennes.
L'installation des Arabes et Persans, musulmans, dans les îles de la côte d'Afrique, entraîne un bouleversement culturel. Un certain nombre d'entre eux mène la guerre sainte contre les Zanj, les Noirs de l'intérieur, mais également contre les Indonésiens hindous installés à Madagascar. Mais d'une manière générale, c'est à un formidable et progressif brassage culturel que l'on assiste dans la région. Les commerçants musulmans s'acculturent autant qu'ils influençant les peuplent autochtones. Dans les îles de la côte d'Afrique et des Comores, c'est ainsi que naît la culture métissée swahili qui, en arabe, signifie "de la côte". Cette langue est très imprégnée de la langue arabe mais c'est certainement dans les termes maritimes que la prégnance arabe est la plus forte. Cependant, cette région s'islamise plus encore qu'elle ne s'arabise. Très tôt, les conversions et les mariages mixtes, tant à Zanzibar, Pemba, Mafia que dans les Comores, bouleversent les sociétés bantoues. A Zanzibar, la mosquée de Kazimkazi, construite vers l'an mil, témoigne encore de cette précoce islamisation et celle de Dimbani, construite en 1107, révèle l'implantation persane. Ibn Battûta, grand voyageur du début du XIVème siècle, est très heureux de découvrir des coreligionnaires tout le long de la côte africaine.
à suivre...
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